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Interview met Éric Demarsan

Pour revenir à l’Ibis rouge’, c’est là que tu as rencontré Michel Simon ?

Oui. Quel homme merveilleux. A cette époque, j’habitais déjà la campagne et j’allais le chercher chez lui, rue de la Lune et je l’amenais chez moi pour déjeuner. Un jour après qu’il ait fait une sieste chez moi, je lui ai proposé de faire un disque ensemble. Il était enthousiasmé par ce projet et nous avons fait une sorte de contrat de deux pages que mon épouse avait rédigé. Après l’avoir lu, il l’a signé … Et il est mort peu de temps après. Là aussi, comme pour François de Roubaix… Quelle tristesse !!!

Tu parles également d’une période « Pays de l’Est et ta joie, celle d’y rencontrer de grands interprètes », pourrais-tu en dire plus ?

En fait, des grands interprètes, je n’en ai pas rencontrer beaucoup. Mais quand je suis allé à Moscou pour enregistrer ‘la légende des sciences’, j’ai fait la connaissance d’un très grand chef d’orchestre avec qui j’ai correspondu pendant de nombreuses années, Sergueï Skripka. Autrement, il y avait de très bons musiciens mais ils avaient de très mauvais instruments, surtout les cordes… Si bien, que pour obtenir de la masse, de l’ampleur, du grain… il fallait doubler le nombre de musiciens. Je me souviens d’une petite anecdote : J’avais écrit un solo de tuba et à la sortie de l’enregistrement, un musicien est venu me voir pour me remercier d’avoir écrit lui avoir écrit un solo de tuba parce que la plupart du temps, on n’ écrit pas souvent un solo de tuba.…De saxo, de trompette oui mais de tuba … C’est plutôt rare.

Ce qui est remarquable dans ton travail Eric, c’est ta faculté de passer d’une composition dite « classique », « symphonique » avec une autre plus moderne, ou les deux à la fois, comme en 1986 avec ‘Les Spécialistes’ de Patrice Leconte (j’ai à l’esprit le thème Brandon Et Carella)…

C’était un joli film-ça ! Probablement le seul film de Patrice Leconte à grand spectacle. Mais là également j’ai eu un bon contact avec lui. Ici, pour la partition, J’avais un peu marié la musique pop avec du classique. J’ai appris dernièrement qu’il était ressorti sur CD. Ce qui est remarquable dans cette édition c’est que Patrice ne tarie pas d’éloges sur moi… Plutôt sympathique… Il y a notamment des interviews croisées entre Leconte et moi.
Mais dans ma filmographie, il ne faut pas oublier « Section spéciale » film réalisé par Costa Gavras. Très beau film retraçant la période peu glorieuse de « la France de Vichy » et les exactions de la Justice de l’époque…
Hélas, malgré la réalisation brillante de Costa et le casting étincelant, ce film n’a pas eu le succès qu’il méritait.. Mais je suis fier d’en avoir écrit le score. Merci Monsieur Gavras !

Tu es un compositeur qui a su s’adapter au fil du temps, mais aujourd’hui, comment qualifierais-tu la musique de film contemporaine ?

La musique d’aujourd’hui’ pour l’image est tellement disparate. Avec les nouvelles techniques, tout le monde peut s’improviser metteur en scène ou compositeur. Certains n’ont aucun talent, il tourne un film de m… , prennent leur copain (sans expérience dans la BO) pour en faire la musique et voilà ! Ça marche ! Ou pas… ! Mais, fort heureusement, il reste encore des vrais musiciens et des vrais metteurs en scène, notamment chez les jeunes compositeurs, les vrais, ceux qui connaissent la musique et l’image.

Eric Demarsan, c’est quand même plus de 50 ans d’expérience, d’une centaine de collaboration pour le 7ème Art, que ce soit pour des longs-métrages, des courts, ou la télévision, sans compter ton album ‘Pop Symphony’ … signé sous le pseudonyme de Jason Havelock ?

Pour Jason Havelock, c’est une petite anecdote qu’aujourd’hui je peux te raconter. Tu vois, à l’époque je produisais aussi une musique qu’on appelait de la « musique au mètre », c’est-à-dire qu’on faisait des enregistrements de thèmes pour une éditrice qui ensuite les balançait comme musique d’ambiance dans des hôtels. J’ai ainsi produit des albums entiers et comme ce n’était pas déclaré à la SACEM, (mea culpa… mais il fallait bien vivre…, on me payait directement sans droit d’auteur. Un jour, elle m’informe qu’elle apprécie mon travail et qu’elle désire m’offrir un cadeau. Elle me dit : « Éric, tu vas composer un album, n’importe lequel et je vais te le produire ». C’est ainsi que j’ai fait ‘Pop Symphonie’ et elle a vraiment pris ce projet à cœur, me suggérant même de changer mon nom en un pseudonyme plus anglophone, histoire que ça se vend mieux outre-manche qu’en France. Ça m’a fait bien rigoler (rires). Avec des copains on a cherché un nom anglais et nous sommes tombés sur ‘Jason Havelock’.

Je pense que tu es toujours actif ?

Oui, j’ai composé la musique de huit séries pour Hervé Hadmar et là, je viens d’en achever une autre, (toujours réalisée par Hervé Hadmar), qui s’intitule « Notre-Dame, la part du feu » pour Netflix. Je pense qu’elle sera diffusée au début de l’automne Pour cette dernière, j’ai carrément mélangé la musique électro avec le classique.

Parmi toute ta carrière prolifique, as-tu un souvenir particulier qui te tiens à cœur ?

Je n’en ai pas un en particulier, j’en ai plein qui me tiennent à cœur.

Des regrets ?

Non. Plus jeune, il m’arrivait parfois de penser que j’aurai aimé faire un « Blockbuster », mais aujourd’hui non, je n’ai aucun regret. J’en suis sûr, conscient de ce que j’ai produit et je trouve que ce n’est pas si mal. Lorsque je n’ai plus de musique à écrire eh bien je m’ennui… je ne sais pas quoi faire… je tourne en rond. La musique, l’écriture et la composition c’est vraiment ma vie. Cela fait longtemps que je suis officiellement à la retraite, mais imaginons un instant que je me dise : « J’arrête tout et je vais à la pêche ( Il y a longtemps que je serais mort d’ennuis !!! ».

Les idées pour tes compositions sont-elles constantes ou périodiques ?

Je travaille toujours sur commande. Je n’ai jamais consacré du temps pour moi. J’ai écrit quelque chose pour un ami sculpteur, qui aujourd’hui est mort et peut-être qu’un jour je le jouerai en concert. Et pour le reste, bien que j’utilise l’ordinateur de temps en temps, je me sers encore et toujours d’un crayon et d’une gomme pour écrire sur un papier à musique. Et je me dis qu’au final, je mourrai un crayon à la main...
Et bien, j’espère le plus tard possible…

Je remercie vivement Eric Demarsan pour cet entretien. J’ai passé un excellent moment de complicité, de gentillesse et de simplicité.

Merci à toi.